« Qu’est-ce que le bonheur sinon l’accord vrai entre un homme et l’existence qu’il mène ? » – Albert Camus –

 

Gilles Favro – 17 août 2016.

– Comment explorer le meilleur chez l’être humain ?
– Comment comprendre et identifier les déterminants du bien être et de l’épanouissement des personnes, des groupes et des organisations ?
– Comment aider les personnes à atteindre leurs objectifs dans leur vie personnelle et professionnelle?
– Comment développer les compétences qui favorisent la santé, le bien-être, l’empathie, l’intelligence sociale et la résilience ?
– Comment développer les facteurs protecteurs qui favorisent la qualité de vie ? ( activité physique, pleine conscience, sommeil, nutrition, émotions positives, relations interpersonnelles…)
Comment concevoir et mettre en œuvre des interventions validées qui s’appuient sur les mécanismes psychologiques du changement humain afin de favoriser son développement ?

 

Deux approches scientifiques du bien-être.

Deux aspects de la notion de bien-être ont été étudiés par différentes équipes de chercheurs, fondés sur des approches philosophiques et psychologiques différentes.

Ed Diener (1984, 1998, 2006) définit le concept de bien-être subjectif comme une prédominance dans l’expérience consciente d’un individu, d’évaluations cognitives et émotionnelles positives, par rapport à la perception d’expériences négatives ou désagréables.

Pour Diener et ses collègues, éprouver du bien-être, consiste à ressentir beaucoup d’émotions agréables (joie, plaisir, gratitude, contentement…), peu d’affects désagréables ( anxiété, peur, colère, dépression…) et un sentiment élevé de satisfaction dans l’existence.

Pour Kahneman et al (1999) le bien-être est fondé principalement sur la poursuite du plaisir et l’évitement de la douleur et de la souffrance ; les individus cherchant prioritairement à maximiser les récompenses et à optimiser le plaisir qui en découle.

Diener (2003) a démontré que les personnes ressentant un niveau élevé de bien-être sont globalement plus satisfaites de leur vie, bénéficient de revenus supérieurs et déclarent avoir des relations sociales plus solides.

Cette définition n’est pas sans rappeler la conception hédoniste, défendue par Epicure et certains auteurs de la Grèce Antique, qui défendaient l’idée que la recherche du plaisir et l’évitement du déplaisir constituent l’objectif de l’existence humaine.

Aristote, Platon, et d’autres philosophes s’étaient vigoureusement opposés à cette idée, en prônant un idéal « eudémoniste » de l’existence humaine qui tend vers la création de sens et de but dans la vie.

D’autres chercheurs se sont inscrits dans cette tradition eudémoniste, pour définir le concept de bien-être psychologique.

Dans cette approche le bien-être dépend de la relation entre la nature des buts et la satisfaction des besoins psychologiques fondamentaux de la personne. (Ryan et al. 2008).

Ainsi, le bien-être se réfère à des notions de réalisation de son potentiel (Ryff, 1995) et d’autodétermination (Ryff & Singer, 1998 – Deci & Ryan, 1985, 1987 – Ryan et al. 2008).

Ryff et Singer (1998) définissent le bien-être psychologique à l’aide de six dimensions principales dont l’autonomie, la compétence, la croissance personnelle, des relations positives avec autrui, l’acceptation de soi et le sens de la vie.

Seligman (2002), introduit la notion de bonheur authentique fondée sur l’idée qu’une vie heureuse est une vie plaisante qui permet à l’individu de ressentir des émotions positives, une vie engagée et une vie pleine de sens qui repose sur l’appartenance et l’action au service de quelque chose que l’on croit plus grand que soi.

Quelques années plus tard, Seligman (2011), complètera ce modèle par le modèle PERMA : émotions positives, engagement, relations personnelles positives, sens et réalisation.

Bien que les concepts de bien-être subjectif et de bien-être psychologique soient très différents dans leurs approches méthodologiques, certains auteurs proposent de concevoir le bien-être comme un construit multidimensionnel incluant ces deux dimensions. (Keyes et Lopez, 2002, Ryan et Deci 2001).

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Siegel, 2009 définit le bien être comme « un état subjectif associé à une absence d’émotions conflictuelles telles que la peur, la tristesse ou la colère, et accompagné du sentiment de vivre une vie qui vaut la peine d’être vécue. »

Toutefois, selon Seligman et Peterson (2005) « chaque individu obtient et oriente son bien-être selon un profil qui lui est propre. »

 

Comment appliquer les résultats de ces recherches dans sa vie, dans ses relations et dans son travail ?

Selon Linley et al. (2004) une application des recherches empiriques effectuées dans le champ de la psychologie positive permettrait de promouvoir un fonctionnement optimal des individus.

Les études conduites ces vingt dernières années offrent de nouvelles perspectives d’accompagnement par le développement d’applications empiriquement validées, mettant l’accent sur l’épanouissement de l’individu.

L’application de ces recherches à la gestion des organisations ont montré que les états et compétences (traits et forces de caractère, flow, émotions positives, optimisme, « mindset », résilience, efficacité personnelle…) ont un impact significatif sur les ressources psychologiques individuelles et collectives ; sur les comportements organisationnels et les performances globales de l’entreprise.

C’est une des raisons pour laquelle le coaching est un domaine qui fait l’objet d’une attention particulière de la part des chercheurs et des praticiens en psychologie positive. (Linley, Harrington, 2005,2006)

Grant et al (2010) décrivent le coaching comme un processus cyclique qui a pour but de faciliter l’atteinte des objectifs des clients, en s’appuyant sur :
– l’identification des résultats souhaités par le client,
– l’établissement d’objectifs spécifiques,
– le travail sur les forces et traits de caractères positifs et le renforcement du sentiment d’auto-efficacité,
– l’identification des ressources de la personne
– la formulation de plans d’action spécifiques,
– le suivi et l’évaluation des progrès en direction des objectifs définis,
– la modification des plans d’action en fonction des feedbacks.

Des études récentes ont fourni des preuves de l’efficacité opérationnelle d’approches collaboratives, facilitant l’amélioration de l’expérience de vie de la personne coachée, l’atteinte de ses objectifs tout en favorisant un mode apprentissage autodirigé orienté sur la croissance personnelle et le bien-être de la personne. (Green, Oades & Grant, 2006)

Ces interventions facilitent l’atteinte des objectifs et le sentiment de satisfaction ; permettent d’accroître le contrôle perçu sur les facteurs environnementaux et aboutissent à une plus grande ouverture de la personne face à de nouvelles expériences de vie. (Spence & Grant, 2005)
Ces bénéfices pourraient perdurer jusqu’à 30 semaines après la fin du coaching. (Green, Oades & Grant, 2006)

 

Références bibliographiques :
– Aristote, Éthique à Nicomaque.
– Diener, E. (1984). Subjective well-being. Psychological Bulletin, 95, 542–575.
– Diener, E., Emmons, R. A., Larsen, R. J., & Griffin, S. (1985). The satisfaction with life scale. Journal of
Personality Assessment, 49, 71–75.
– Diener, E. (1994). Assessing subjective well-being : Progress and opportunities. Social Indicators Research, 28, 35-89.
– Grant, A. (2003). The impact of life coaching on goal attainment, metacognition and mental health. Social Behavior & Personality, 31(3), 253–264.
– Green, L.S., Oades, L.G. & Grant, A.M. (2006). Cognitive-behavioural, solution-focused life coaching: Enhancing goal striving, well-being and hope. Journal of Positive Psychology, 1(3), 142–149.
– Kashdan, T. B., Biswas-Diener, R., & King, L. A. (2008). Reconsidering happiness: The costs of distinguishing between hedonics and eudaimonia. The Journal of Positive Psychology, 3, 219–233.
– Kahneman D, Diener E et Schwarz N. (1999), Well-being: The foundations of hedonic psychology. New York: Russell Sage Foundation.
– Linley, P. A., & Joseph, S. (2004). Applied positive psychology: A new perspective for professional p r a c t i c e . In P. A. Linley & S. Joseph (Eds.), Positive psychology in practice (pp. 3–12). Hoboken, NJ: Wiley.
– Oishi, S., Diener, E., Suh, E. et Lucas, R. E. (1999). Value as a moderator in subjective well-being. Journal of Personality, 67, 157-184.
– Ryff, C. D. (1989). Happiness is everything or is it? Explorations on the meaning of psychological well-being. Journal of Personality and Social Psychology, 57(6), 1069-1081.
– Ryff, C. D. et Singer, B. (1996). Psychological well-being : Meaning, measurement, and implications for psychotherapy research. Psychotherapy and Psychosomatics, 65(1), 14-23.
– Seligman, M. (2002). Authentic happiness. New York: Basic Books.
– Seligman, M. E., Steen, T. A., Park, N., & Peterson, C. (2005). Positive psychology progress: Empirical validation of interventions. American Psychologist 60(5), 410-421.
– Snyder, C.R. (1995). Conceptualising, measuring and nurturing hope. Journal of Counselling and Development, 73, 355–360.
– Spence, G. & Grant, A.M. (in press). Professional and peer life coaching and the enhancement of goal striving and well-being: An exploratory study. Journal of Positive Psychology.
– Spence, G.B. & Grant, A.M. (2005). Individual and group life-coaching: Initial findings from a randomised, controlled trial. In M. Cavanagh, A.M. Grant & T. Kemp (Eds.), Evidence-based Coaching Vol. 1: Theory, research and practice from the behavioural sciences (pp.143–158). Bowen Hills, Qld: Australian Academic Press.

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