« Le bonheur, ce n’est au fond que d’exploiter ses capacités à 100%. » – Mihály Csíkszentmihályi –

 

Gilles Favro – 18 janvier 2017.

Qu’est ce que la santé ?
Qu’est ce qui la génère et la favorise ?
Qu’est ce qui nous fait avancer en direction d’une bonne santé physique et mentale ?

Pour l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS, 1948), « la santé est un état de complet bien-être physique, mental et social, et ne consiste pas seulement en une absence de maladie ou d’infirmité. »

La santé mentale est une composante essentielle de la santé. Toutefois elle a pendant longtemps était associée aux pathologies et aux troubles mentaux.

Les travaux entrepris depuis trente ans sur l’étude des processus psychologiques qui favorisent la santé mentale, le bien-être, la qualité de vie, la résilience, et l’épanouissement de l’individu, des groupes et des organisations ont permis de modifier cette représentation chez les professionnels de santé ainsi qu’auprès du grand public.

L’OMS définit la santé mentale comme « un état de bien-être qui permet à chacun de réaliser son potentiel, de faire face aux difficultés normales de la vie, de travailler avec succès et de manière productive et d’être en mesure d’apporter une contribution à la communauté. » (OMS, 2001)

La santé mentale est déterminée par de multiples facteurs biologiques, psychologiques, et sociaux en interactions les uns avec les autres, ayant des effets sur le comportement, le bien-être et la santé de la personne.

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Vers une santé mentale positive.

Pour Marie Jahoda (1958) « …l’absence de maladie mentale n’est pas un indicateur suffisant de santé mentale », mais se définit par un fonctionnement optimal des fonctions mentales et cognitives d’un individu, se caractérisant par des activités productives ; des relations interpersonnelles enrichissantes et la capacité de maintenir un équilibre psychique face à l’adversité.

Jahoda décrit un modèle multidimensionnel de la santé mentale positive, s’appuyant sur 6 critères :
1.) les attitudes positives d’un individu vis-à-vis de soi ;
2.) l’aptitude à développer son potentiel, à croître et à se réaliser ;
3.) la cohérence et la continuité de la personnalité ;
4 ) l’autonomie et la capacité d’autodétermination ;
5.) une perception adéquate de la réalité ;
6.) la maîtrise de l’environnement.

Pour Jourard et Landsman (1980) la santé mentale positive dépend de la capacité d’un individu à poser un regard positif sur soi, l’aptitude à prendre soin des autres, l’ouverture aux idées nouvelles et aux autres, la créativité, l’esprit constructif et l’aptitude à aimer.

Carol Ryff (1989,1995 ) s’appuyant sur les travaux Jahoda et sur ses propres recherches, a proposée un modèle qui évalue 6 différentes dimensions du bien-être psychologique :
1.) autonomie,
2.) compétence,
3.) croissance personnelle,
4.) relations positives avec autrui,
5.) sens de la vie,
6.) acceptation de soi.

La perspective salutogénique.

Une question est à l’origine des travaux de Aron Antonovsky (1979, 1987, 1998)

Pourquoi certains êtres humains, indépendamment de grandes situations stressantes et de graves difficultés, sont-ils capables de rester en bonne santé ?

Pour Antonovsky, la santé d’une personne dépend de sa capacité de résistance aux sources de stress en fonction des ressources psychosociales dont elle peut disposer et aux stratégies d’adaptation qu’elle peut déployer. Les interactions entre les facteurs de stress et les facteurs de protection favorisent la santé ou développe la maladie.

L’approche salutogénique a été élaborée à partir d’une réflexion critique de l’orientation pathogène des systèmes de santé qui se focalisent principalement sur la maladie. Toutefois pour Antonovsky, la santé et la maladie ne sont pas deux pôles opposés mais les deux extrémités d’un même continuum.

A cet égard, la perspective salutogénique pose la question de l’origine de la santé.

Le sentiment de cohérence.

Antonovsky (1987) a mis en évidence que nous posons trop souvent la question « Pourquoi certaines personnes tombent-elles malades? » ; alors que nous devrions plutôt poser la question:  «Pourquoi les personnes restent-elles en bonne santé malgré le stress de la vie? »

A la suite de ses travaux Antonovsky, a identifié une caractéristique commune aux personnes qui conservent une bonne santé en dépit de circonstances de vie difficiles et d’une exposition à un fort stress, qu’il a nommé sentiment de cohérence« sense of coherence (SOC) »

Pour Antonovsky le sentiment de cohérence est une orientation de vie globale qui s’appuie sur :
– une façon de voir la vie comme cohérente, structurée, gérable et utile.
– un sentiment de confiance que les évènements que la personne traverse peuvent être ordonnés ou perçus de manière compréhensible.
– une capacité d’identifier et d’utiliser les ressources internes et externes, dont la personne dispose, pour faire face aux exigences des événements.

Etre capable d’éprouver un fort sentiment de cohérence permet à la personne de déployer des stratégies cognitives, affectives et émotionnelles susceptibles d’améliorer la capacité d’adaptation et le bien-être. Pour Antonovsky une personne qui a un fort sentiment de cohérence et une bonne faculté d’adaptation est en mesure de choisir la meilleure stratégie pour faire face à un stresseur particulier.

Selon Antonovsky, pour qu’une personne éprouve un sentiment de cohérence et un niveau de bien être satisfaisant, il est nécessaire de favoriser les conditions préalables suivantes :

1.) La compréhension (Comprehensibility )
Avoir la capacité de structurer les informations (internes et externes) et les situations de la vie quotidienne de manière compréhensible, ordonnée et cohérente ; plutôt que d’avoir le sentiment de subir des situations chaotiques, aléatoires et imprévisibles.
Cognition : «Je comprends ce qui se passe et je peux raisonnablement prédire certains résultats futurs.»

2.) Le contrôle (manageability)
Avoir la conviction d’avoir les ressources nécessaires pour répondre à la situation, ou le sentiment de savoir à qui s’adresser pour obtenir de l’aide afin de pouvoir résoudre les difficultés rencontrées.
Cognition : « Je sais comment agir. Je possède compétences, le soutien et les ressources qui me permettront de faire face à la situation.»

3.) Le sens (meaningfulness)
Avoir le sentiment profond que la vie a un sens et percevoir sa vie comme étant dotée d’une signification, permet à la personne de trouver la motivation nécessaire pour faire face à la situation, pour s’engager et pour tirer les enseignements de cette expérience.
Cognition : « Il existe une bonne raison à l’origine de cette situation. Je comprends l’origine de la situation. Je sais que je peux apprendre de cette situation. »

Développer le bien être par la mise en place de nouveaux comportements.

Pour Antonovsky, le sentiment de cohérence et les nombreuses ressources de résistance dont peut disposer un individu (physiques, biologiques, mentales, cognitives, émotionnelles, existentielles, matérielles, culture est sentiment d’appartenance…) permet de favoriser la santé et le bien-être.

Toutefois la clé, est moins dans l’utilisation des ressources disponibles que dans la capacité et la flexibilité psychologique de l’individu de les utiliser de manière à réagir avec souplesse face à l’adversité et aux expériences difficiles.

Ainsi, plus le sentiment de cohérence est fort, plus grande est la probabilité qu’un individu se maintienne en bonne santé.

Antonovsky l’illustre avec la célèbre métaphore du fleuve :

[…] du point de vue salutogénique, la vie d’un être humain est un fleuve plus ou moins dangereux. Tous les êtres humains se déplacent sur ce fleuve, à chaque fois en des endroits différents. Dès lors, la question en matière de promotion pour la santé est la suivante : à quel endroit du fleuve se trouve un individu et sait-il bien nager? L’aptitude individuelle à nager correspond aux ressources internes d’un être humain. La promotion de la santé, quant à elle, s’efforce d’aménager le fleuve et d’encourager l’aptitude individuelle à la natation de telle manière qu’il soit possible de nager dans le fleuve. » (Antonovsky, 1987)

Le flux principal de la rivière est le sens de la vie. La maladie et les risques associés sont considérés comme des forces perturbatrices qui vont à l’encontre d’une bonne vie.
La promotion des comportements de santé et le développement des compétences psychosociales ne consistent pas à construire des ponts ou à empêcher les gens de nager, mais de répertorier les zones dangereuses et d’améliorer les compétences et habiletés des nageurs en vue d’augmenter leur sécurité.

Approche Salutogénique et Executive Coaching

Pour Seligman (2007) ce qui est au cœur de la pratique de coaching se rapporte à encourager un sentiment de bien-être à travers les émotions positives, les traits individuels positifs, et la création d’environnements positifs, pour permettre aux personnes de développer leurs potentiels.

Dans le domaine de l’Executive Coaching, un certain nombre d’interventions consistent à accompagner les Managers pour leur permettre de développer les compétences psychologiques et comportementales nécessaires à l’atteinte de leurs objectifs, dans un contexte de fort stress et de turbulence. (Steger, 2009; Seligman, 2007)

En effet les Managers exposés à des contextes incertains et instables tels que les restructurations, les réductions d’effectifs, les fusions-acquisitions éprouvent parfois des difficultés à développer la flexibilité psychologique et la résilience nécessaires pour faire face aux changements organisationnels. Ces facteurs de stress indésirables ont tendance à apparaître lorsque les individus se trouvent dans un état d’incertitude professionnelle. (Ladkin, 2010; Campbell, 2009, Cilliars and Ngokha, 2006).

Faciliter le développement des individus pendant ces périodes à haut risque, peut être très bénéfique pour les Managers comme pour l’organisation.

Le déploiement d’une approche salutogénique, en situation de changement organisationnel, permet de favoriser chez les managers la structuration d’un état d’esprit positif, et de développer les compétences nécessaires pour naviguer dans des environnements complexes et changeants, tout en soutenant la performance et la résilience des individus. ( Antonovsky, 1990, Rotter 1990, Cilliars and Ngokha, 2006)

Les différentes études menées sur l’utilisation de l’approche salutogénique dans plusieurs accompagnements de type coaching, ont démontrées qu’elle permet d’améliorer le bien-être, d’améliorer les performances et de faciliter le changement individuel et organisationnel. (Grant 2005, Gray, Burls 2014)

Références bibliographiques :
– Antonovsky, A. (1979). Health, stress and coping: New perspective on mental and physical well- being. San Francisco: Jossey Bass.
– Antonovsky, A. (1987). Unravelling the mystery of health – How people manage stress and stay well. San Francisco: Jossey Bass.
– Antonovsky A (1993) The implications of salutogenesis: an outsiders’s view. In: Turnbull AP, Patterson JM, Behr SG et al (eds.) Cognitive coping: families and disability. Baltimore: Brookes
– Cilliars. F., & Ngokha, G. (2006). Confirmatory Factor Analysis on the Measurement of Five Salutogenic Constructs. Southern Africa Business Review, 10,1.
– Jahoda, M. (1953). The meaning of psychological health. Social Case- work, 34, 349.
– Jahoda, M. (1958). Current concepts of positive mental health. New York: Basic Books.
– Jourard, S. M., & Landsman, T. (1980). Healthy personality: An ap- proachfrom the viewpointofhumanistic psychology(4th ed.). New York: Macmillan.
– Ladkin, D. (2010). Enacting the ‘true self’, Towards a theory of embodied authentic leadership. The Leadership Quarterly. 21 (1), pp 64–74.
– OMS (2007), Rapport d’étude sur la santé mentale, Organisation Mondiale de la Santé.
– Ryff, C. D. (1989b). In the eye of the beholder: Views of psychological well-being among middle and old-aged adults. Psychology and Aging, 4, 195-210.
– Seligman, M. (2007). Positive Psychology Centre. University of Pennsylvania. Retrieved 25/7/2014 from: http://www.ppc.sas.upenn.edu/index.html
– Steger, M. F. (2009). Meaning of life, In Snyder, C.J. & Lopez, S.J. (Eds) The Oxford handbook of positive psychology, 2nd ed, pp 679-688. Oxford, UK: Oxford University Press.
– Vaillant GE: Adaptive mental mechanisms: their role in a posi- tive psychology. Am Psychol 2000; 55:89–98

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