« Déjà essayé. Déjà échoué. Peu importe. Essaie encore. Echoue encore. Echoue mieux. »
 – Samuel Beckett –

Gilles Favro – 15 juillet 2015.

La résilience (voir article : Faire face à l’adversité) se définit par la capacité d’un individu à répondre de manière flexible et adaptable aux vicissitudes de l’existence et de se reconstruire à la suite d’une situation difficile ou d’une expérience traumatique.

Les travaux menés ces vingt dernières années (Seligman, 1988 – Reivich, Shatte,1995, 2002 – Fredrickson, 1998, 2001) ont montré que la résilience dépend moins de qualités innées, que de l’apprentissage de compétences fondées sur :
– la restructuration cognitive,
l‘orientation optimiste,
l’utilisation des forces de caractère,
l’expérience d’émotions positives,
– la capacité de s’appuyer sur un soutien social,
– une activité physique régulière.

Qui est résilient ? Qui ne l’est pas ? Et pourquoi ?

En dépit de certains facteurs de risques (Werner,1996), les personnes résiliantes éprouvent des doutes et de l’anxiété face à l’adversité ; mais elles ont appris à ne pas se laisser submerger par leurs émotions et leurs auto-ruminations pessimistes.

Comme nous l’avons vu précédemment (voir article : L’optimisme), l’un des facteurs de résilience d’un individu s’appuie sur sa capacité à modifier ses schémas de pensée négatifs ou pessimistes et de développer des styles explicatifs optimistes. (Reivich and Shatte, 2002 – Seligman, 1988, 1995)

D’après Reivich, « Nous sommes ce que nous pensons.» 

Nos émotions et comportements ne sont pas déclenchés par les événements mais par l’interprétation que nous faisons de ces événements. Aussi le style de pensée d’un individu détermine son niveau de résilience.

Comment devenir plus résilient ?

Les chercheurs ont montré que les techniques de restructuration cognitives, issues des thérapies comportementales et cognitives (Beck 1967, Ellis 1991) sont efficaces pour accroître le niveau de résilience d’un individu face à l’adversité et ont un effet durable sur les épisodes dépressifs. (Gillham et al., 1995, 2007)

Cette approche consiste à diminuer l’intensité et la fréquence des auto-ruminations pessimistes en invitant la personne à challenger ses pensées et à explorer d’autres possibles schémas de pensées.

D’après Reivich et Shatte, 7 compétences peuvent favoriser le développement de la résilience.

ABCD
Le Modèle ABCD d’interprétations des évènements, tiré des travaux d’Albert Ellis (1991, 1992, 2001) permet de comprendre l’influence des croyances d’un individu sur ses comportements.
A (adversity) désigne l’événement déclencheur, c’est à dire la situation ou l’événement
B (beliefs) désigne les croyances et les réactions de la personne face à l’événement
C (consequences) désigne les conséquences émotionnelles et comportementales.

Il est communément admis que (A) entraîne directement (C). Or, en réalité ce sont les cognitions (B) de la personne face à l’événement qui entrainent une réponse comportementale.

Pour Beck (1967), la manière dont une personne analyse une situation repose sur ses expériences passées, qui colorent l’interprétation de l’événement déclencheur et par conséquence les émotions suscitées par cet événement.

Comment utiliser le modèle ABCD ?

ABCD
1.) Identifier l’élément déclencheur (A).
2.) Identifier et mettre en évidence les pensées automatiques négatives (B).
3.) Identifier les connexions entre les croyances et les conséquences (B – C).
4.) Evaluer la pertinence des pensées automatiques négatives. (D)
– Quelle preuve y a-t-il du bien fondé de cette croyance ?
– Quels sont les autres interprétations possibles de cet événement?
– Quels sont les réactions les mieux adaptées à celui-ci ?
– Ne pouvons-nous pas envisager une autre hypothèse ?
5.) Evaluer les bénéfices et les inconvénients.
6.) Favoriser une nouvelle émotion (E).

REPERER LES BIAIS DE LA PENSEE :
Si nos habitudes de pensée affectent notre représentation du monde, il est utile de repérer les schémas de pensée, les distorsions cognitives et les biais de la pensée qui altèrent notre représentation : tirer des conclusions hâtives ; personnalisation / externalisation ; transmission de pensée ; raisonner émotionnellement ; sur-généralisation ; exagérer / minimiser ; scénario-catastrophe… La compréhension des distorsions cognitives permet de construire une vision plus réaliste de la situation et d’apporter une réponse appropriée.

IDENTIFIER LES CROYANCES PROFONDES :
Certaines de nos croyances sont difficiles à identifier car elles opèrent à un niveau inconscient. La compréhension de ces croyances profondes (Iceberg beliefs) que nous avons sur le monde permet d’éclairer notre répertoire émotionnel et nos comportements et apprendre à gagner en flexibilité psychologique.

SE CALMER / SE DISTANCIER :
Apprendre à prendre du recul et à maîtriser ses émotions face à l’adversité. Contrôler ses impulsions. Trouver des façons de prendre du recul, créer un espace de respiration pour rester calme et se distancier face à l’adversité.

CHALLENGER SES CROYANCES :
Comprendre qu’il n’existe pas qu’une seule représentation possible du monde. Réfuter les idées négatives ou irrationnelles. Réévaluer certaines pensées, croyances et comportements contre-productifs.

METTRE EN PERSPECTIVE :
Apprendre à arrêter la spirale des auto-ruminations et des pensées dysfonctionnelles pour développer une compréhension des causes et des conséquences de la situation plus souple et plus flexible.

Expérimentons :

Je vous propose de prendre quelques instants pour vous rappeler un moment de votre vie où :
– vous avez eu à faire face à l’adversité ;
– avez rebondi après une situation difficile ;
– avez traversé une période difficile avec détermination et courage ;
– êtes sorti de votre zone de confort pour saisir de nouvelles opportunités.

Comment vous y êtes-vous pris ?
Quelles stratégies avez-vous déployées ?
Qu’avez-vous appris ?
Si c’était à refaire, comment vous y prendriez-vous ?

 

Références bibliographiques:
– Beck, A.T. (1967). Depression: Causes and treatment. Philadelphia, PA: University of Pennsylvania Press.
– Ellis, A. (1991). The philosophical basis of rational-emotive therapy (RET). Psychotherapy in private practice, 8, 97-106.
– Fredrickson, B, (2001) What Good Are Positive Emotions in Crises? A Prospective Study of Resilience and Emotions Following the Terrorist Attacks on the United States on September 11th, 200.1
– Peterson, C., Seligman, M. E. P., & Vaillant, G. E. (1988). Pessimistic explanatory style is a risk factor for physical illness: A thirty-five-year longitudinal study. Journal of Personality and Social Psychology, 55, 23-27.
– Peterson, C., Seligman, M. E. P., & Vaillant, G. E. (1988). Pessimistic explanatory style is a risk factor for physical illness: A thirty-five-year longitudinal study. Journal of Personality and Social Psychology, 55, 23-27.
– Reivich, K. (1995). The measurement of explanatory style. In G. M. Buchanan & M. E. P. Seligman (Eds), Explanatory Style (pp. 21-47). Hillsdale, NJ: Lawrence Erlbaum Associates.
– Reivich, K. & Shatte,A. (2002). The resilience factor: Seven essential skills for overcoming life’s inevitable obstacles. New York: Broadway Books
– Reivich, K. J., Seligman, M. E. P., & Mc Bride, S. (2011). Master Resilience Training in the U.S. Army. American Psychologist, 66(1), 25-34.
– Werner, E. E. (1996) Vulnerable but invincible: high risk children from birth to adulthood. European Child and Adolescent Psychiatry, 5: 47–51.

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