« Quand une personne est capable d’organiser sa conscience de façon à vivre une expérience optimale
le plus souvent possible, la qualité de sa vie s’améliore. »
– Mihály Csíkszentmihályi –

Gilles Favro – 4 avril 2015.

Je vous propose d’effectuer un petit exercice très simple.

Je vous invite à vous asseoir le dos bien droit ; à détendre vos épaules ; et à ressentir l’ancrage de vos pieds sur le sol.

Si vous le souhaitez, laissez vos yeux se fermer et prenez quelques instants pour porter votre attention à votre respiration. Observez alternativement avec attention, l’inspire, puis l’expire.

Après une dizaine de respirations, je vous invite à porter votre attention sur un moment de votre vie, où vous avez réussi à exécuter une tâche difficile, exigeante, complexe que cela soit au travail, dans la vie quotidienne, ou dans le cadre d’une activité sportive.

Observez ce que vous ressentez au souvenir de cette expérience.
– Vous sentiez-vous entièrement immergé dans cette tâche ou cette activité ?
– Etiez-vous pleinement engagé dans l’action ?
– Aviez-vous une conscience claire de votre intention, de vos buts et des résultats à atteindre ?
– Vous sentiez-vous complètement absorbé par votre tâche ?
– Avez-vous la sensation que les gestes ou les raisonnements s’enchainaient de manière fluide et sans efforts apparents ?
– Ressentiez-vous du plaisir dans l’exercice de cette activité ?

Vous avez revécu une expérience optimale ou ce que les psychologues désignent comme étant un état de flux, de « flow » et les sportifs comme « être dans la zone ».

La théorie de l’expérience optimale a été élaborée par Mihály Csíkszentmihályi, dans les années 70, après avoir observé la concentration sans faille d’artistes complétement engagés dans l’exercice de leur art.

Afin de comprendre les mécanismes psychologiques à l’œuvre dans une expérience optimale, Csíkszentmihályi interviewa un large panel composé, d’alpinistes, de joueurs d’échec, d’artistes, de chefs d’entreprise et d’autres personnes qui consacraient beaucoup de temps et d’énergie à des activités pour leur simple plaisir, sans recherche de gratifications conventionnelles comme l’argent ou la reconnaissance sociale.

L’expérience optimale, telle qu’elle est définie par Mihály Csíkszentmihályi (1990,2004,2006) , fait référence à un état où l’acteur est complètement engagé dans une activité, en étant pleinement concentré sur sa tâche au point de perdre jusqu’à la conscience de soi et de son environnement, tout en ayant une sensation d’être en pleine possession de ses moyens et d’exercer une pleine maîtrise de son art ou de son savoir faire.

Le terme « suivre le courant » (flow ou flux) a servi pour décrire cette expérience optimale parce que les participants faisaient souvent référence à l’analogie de se laisser porter par un fort courant (Csíkszentmihályi, 1990,1993; Inghilleri, 1995).

Flow

 

Quels sont les conditions d’émergence d’une expérience optimale ?

D’après les recherches un certain nombre de conditions favorisent l’émergence d’une expérience optimale.

L’activité à réaliser s’appuie sur des buts autodéterminés, c’est à dire sur une forte intention et une motivation intrinsèque de la part de l’acteur. Les objectifs sont clairs et les règles qui régissent l’activité sont connues et intégrées. L’acteur a une conscience claire de ce qu’il doit faire et comment le faire.

1.) La personne perçoit un équilibre entre ses compétences personnelles et les exigences de la tâche. Si l’activité est trop facile à réaliser, elle sera vite source d’ennui. Si l’activité est trop difficile à exécuter ou si elle constitue un défi trop grand, elle pourra constituer une source d’anxiété ou de découragement. Enfin, l’activité présente pour l’acteur une source de satisfaction.

2.) Un feed-back immédiat suit l’action. L’acteur sait exactement où il en est. Les réussites et les difficultés observées au cours du processus sont immédiatement repérées et le comportement ajustés en conséquence.

3.) L’acteur éprouve une sensation de contrôle de soi et de ses actions, sans nécessairement être en capacité d’en contrôler les résultats.

4.) La personne a la capacité de s’immerger dans un état de concentration où les distractions sont réduites au minimum. (hyperfocus) Cet état de concentration peut conduire l’acteur à une perte du sentiment de conscience de soi qui se caractérise par une disparition de la distance entre le sujet et l’objet et une distorsion de la perception du temps.

Comment s’engager et favoriser des activités requérant nos meilleures qualités et compétences  ?

De nombreuses études montrent que l’expérience optimale est un phénomène universel.

Elle survient chez tous les êtres humains, indépendamment de leur sexe, de leur culture, de leur classe sociale.

Elle peut également survenir dans pratiquement tous les formes d’activités, intellectuelles, physiques, créatives, émotionnelles, mais aussi dans les activités de la vie quotidienne, préparer un repas, jardiner, conduire une voiture, faire la vaisselle…

Cela dépend de l’intention et des compétences mobilisées par la personne.

Pour Csíkszentmihályi, l’intention est mobilisée à partir des besoins physiologiques ou psychologiques de la personne ou par des buts sociaux  intériorisés. « Les intentions surgissent dans la conscience quand l’individu devient conscient qu’il désire quelque chose ou qu’il veut accomplir quelque chose. »
 Chacune de nos actions peut être l’occasion de nous connecter à une expérience optimale. Cela dépend de l’intention et des qualités mobilisées pour l’accomplir.

Selon Mihály Csíkszentmihályi, la psychologie de l’expérience optimale repose sur la conscience qu’a l’individu de son expérience. « Le contrôle de la conscience suppose la capacité de l’individu de concentrer l’attention à volonté, d’éviter les distractions et de soutenir l’effort assez longtemps pour atteindre le but poursuivi. »

Pour cela il importe de comprendre comment se façonnent les expériences intérieures.

(voir article : Formation à la Pleine Conscience au Travail )

Toutes nos expériences intérieures se présentent à l’esprit comme une information. La manière dont nous traitons cette information influencera notre manière de vivre l’expérience.
L’état d’esprit et la conscience qu’à l’individu de son expérience est alors déterminante.

Références bibliographiques:
– Csikszentmihalyi, M. (1990) Flow: The Psychology of Optimal Experience, New York: Harper Perennial Modern Classics.
– Deci, E. L. and Ryan, R. M. (2000) The ‘what’ and ‘why’ of goal pursuits: human needs and the self-determination of behavior. Psychological Inquiry.
– Csikszentmihalyi, M. (2003) Good Business: Flow, Leadership and The Making of Meaning. NewYork: Viking.

 

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